Vous êtes nombreux à avoir entendu parler de l’initiative du Sénateur Fichet, qui en juillet dernier, a déposé une proposition de loi visant à recréer un diplôme d’Herboriste en France. Ce texte, soutenu par une vingtaine de sénateurs de Gauche, est consultable ICI.
Le texte replace les 148 plantes en vente libre depuis 2008, dans un monopole créé pour l’Herboriste. Celui-ci, pour autant, n’a toujours pas les moyens d’exercer son métier, puisqu’il n’a pas accès à la totalité des plantes inscrites à la pharmacopée.
De plus, pour créer ce monopole, on dépouille les boutiques de produits naturels qui jusque là, pour la majorité, faisaient bien leur travail.
On complique également l’accès de la population à des plantes médicinales qui ne posent pas de problème majeur.
L’exposé des motifs est confus. Dans un subtil mélange des genres, on note :
Que le développement de l’Herboristerie pourrait contribuer à la maitrise du déficit de la sécurité sociale… Que les vertus des plantes pourraient être utilisées à l’hôpital… Puis le texte passe ensuite directement de l’hôpital aux débouchés pour l’agriculture, comme si l’Herboristerie pouvait devenir une panacée économique, comblant le déficit de la sécu en créant des débouchés pour nos petits producteurs de plantes… Et l’Europe n’est pas oubliée puisque sa dernière directive sur les compléments alimentaires montre tout l’intérêt d’améliorer notre législation.
Dans la logique de l’exposé des motifs, l’article 4 précise que le gouvernement remettra au parlement un rapport sur les compléments alimentaires, ce qui nous conforte dans l’idée que le texte proposé fait l’amalgame entre les plantes médicinales et les compléments alimentaires, et propose des mesures inadéquates.
1- Seuls les Herboristes pourront vendre les 148 plantes actuellement en vente libre.
Cela ne donne pas à l’Herboriste les moyens d’exercer pleinement son métier, et la création d’un monopole sur des plantes actuellement en vente libre semble peu réaliste et est, de notre point de vue, contre productif.
2- Une exception est faite pour les producteurs de plantes médicinales qui pourront vendre leur production sans donner de conseil.
Les producteurs de plantes se battent pour la création d’un diplôme qui laisse toute sa place au producteur Herboriste, hors le texte ne leur apporte aucune avancée. Pas plus demain qu’aujourd’hui on les laissera conseiller les produits qu’ils produisent et que pour la plupart ils connaissent bien. Peut être même qu’au titre de l’article 5 de la loi on leur demandera de faire valider leurs plantes par un “véritable” Herboriste. De plus on voit mal comment la création d’un nouveau monopole pourrait créer de nouveaux débouchés pour leur production…
3- Les pharmaciens, dont l’exposé des motifs précise pourtant qu’ils ne sont pas compétents en matière de plantes médicinales (ou tout simplement pas intéressés aujourd’hui par la vente de plantes en vrac ?), ne sont eux pas concernés par l’apparition des Herboristes. Ils pourront, en toute logique, prendre le train en marche et vendre des plantes médicinales sans autres connaissances s’ils le souhaitent… Pas forcément dans l’intérêt du public, mais pour sauver leurs officines comme détaillé dans l’exposé des motifs.
4- La nouvelle formation est volontairement placée sous la triple tutelle du ministère de la santé, de l’environnement et de l’agriculture, pour en faire une formation moderne qui intègre ces trois aspects, mais le contrôle de la profession sera assuré par l’AFSSAPS. Ce point nous inquiète particulièrement, car l’AFFSAPS traitera à coup sur les plantes comme des médicaments, ce qu’elles ne sont pas. Le risque est grand de voir l’Herboristerie traditionnelle dévoyée et récupérée par l’agro-alimentaire.
5- La validation des connaissances pour les élèves des écoles de plantes, qui participent pourtant à perpétuer le savoir des Herboristes, reste aléatoire. Si la Validation des connaissances est bien prévue par le texte, elle risque de poser problème.
En effet, validation des acquis de l’EXPERIENCE (et non des connaissances) est expressément prévue à l’article 2.
Elle a lieu, dans l’enseignement supérieur, en commission, devant un jury d’enseignants chercheurs, qui examinent un dossier écrit présenté par le candidat. Le candidat doit avoir nécessairement 3 ans d’expérience professionnelle en rapport avec le diplôme qu’il sollicite. Mais, pourra-t-on faire valoir une expérience professionnelle dans un domaine sans existence légale ? Ce point reste à préciser et nous inquiète beaucoup.
Les formations continues en rapport avec le diplôme, peuvent être mises en avant dans le dossier du candidat. Mais là encore, l’application rigide des textes pourrait amener à distinguer formation continue et formation loisir ! A l’ELPM par exemple, beaucoup de nos élèves payent eux mêmes leur formation et tous ne relèvent pas de la formation continue ce qui pourrait les empêcher de faire valider leur connaissances.
Il prévoit un délai d’application de 2 ans après la promulgation de la Loi. Or, ce délai semble complètement irréaliste. Si 200 Herboristes sont formés chaque année, et que la formation d’Herboriste dure 2 ans (ce qui serait un minimum), le marché des plantes médicinales va se figer par manque d’Herboristes certificateurs, sauf à penser que les pharmaciens récupèrent ces prérogatives !
Nous n’avons pas oublié qu’avant 1941, les Herboristes étaient sous la tutelle des pharmaciens, qui les ont si bien « étreints » qu’ils ont fini par les étouffer, et nous ne voulons pas que cela puisse se produire à nouveau.
70 après la disparition du diplôme,
l’urgence n’est pas telle que nous devions accepter sans réserve un texte dont
nous devrons gérer les inconvénients qui pourraient être pires que la situation
actuelle. Nous pensons que nous avons tout intérêt à être vigilant sur la
qualité du texte qui s’imposera à tous s’il est adopté.
Nous espérons, naturellement,
des évolutions de la proposition de loi, et sommes déterminés à faire valoir
notre point de vue, c’est pourquoi nous lançons un appel pour la réhabilitation du véritable métier
d’Herboriste, et refusons le texte proposé en l’état.
Le Sénateur Fichet, a été sensibilisé au statut de l’Herboristerie par les nombreux acteurs de la filière des plantes, qu’il s’agisse des producteurs de sa région, le Finistère, ou de nos homologues de Cap Santé qui transmettent les vertus des plantes en Bretagne. En avril 2010, il était déjà l’auteur d’une question orale au ministre de la santé, sur le statut de l’Herboristerie.
Parallèlement à cela, Thierry Thevenin, Secrétaire Général du Syndicat des Simples, œuvrait à la mise en place d’une formation permettant aux petits producteurs, de faire valider leurs connaissances en matière de plantes médicinales. Sa rencontre avec Guy Costa, de l’Université de Limoges, a été à l’origine de la création d’un groupe de travail visant à créer un DU Plantes Médicinales, qui pourrait, à terme, servir de base pour la recréation d’un diplôme d’Herboriste.
La première réunion de ce groupe de travail a eu lieu en novembre 2010 à Limoges et elle regroupait une quinzaine de personnes, Herboristes, Producteurs, ou formateurs, ainsi que le Sénateur Fichet, invité à ce joindre à la réunion, car volontaire pour porter, le moment venu, le nouveau Diplôme d’Herboriste sur les fonds baptismaux.
L’ordre du jour de cette réunion était chargé : Comment et pourquoi rétablir une formation diplômante d’Herboristerie en France ? Pour quel rôle social former les bénéficiaires de ce diplôme ? Quels pré-requis exiger des candidats ? Quel niveau de sortie envisager pour la formation ? Quels savoirs et compétences inclure dans le diplôme ? …
Suite à cette première réunion, le Sénateur Fichet a entrepris une série d’auditions, pour vérifier la faisabilité du projet. Dans ce cadre, Patrice de Bonneval a été reçu au Sénat le 19 janvier 2011, en sa double qualité d’Herboriste, et de directeur de l’ELPM.
Sa série d’auditions à peine achevée, et sans plus de concertation avec le groupe de travail à l’origine du projet, le Sénateur Fichet a déposé son projet de loi sur le bureau du Sénat, le 12 juillet dernier.
Notre groupe de travail, réuni en urgence lors de la dernière fête des simples, a réagit en rédigeant un appel pour la réhabilitation du véritable métier d’Herboriste, qui a également servi de base d’amendement au texte du Sénateur Fichet. Une réunion de travail le 19 octobre dernier au Sénat a permis quelques avancées, mais nous restons inquiets.
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